Le Mali

Des Touaregs, défendeurs des Droits de l’Homme

La région de Kidal, au nord du Mali, est très enclavée et caractérisée par un climat désertique chaud ; aucun fleuve ne la traverse. Le nomadisme demeure le mode de vie le plus adapté à cet environnement difficile. La région ne possède aucune route goudronnée et tire ses ressources de l’élevage, de l’artisanat et du commerce. Elle est peuplée en majorité de Kel Tamasheq, ethnie nomade d’origine berbère plus connue en France sous la dénomination de touareg. La région de Kidal a été marquée par plusieurs rebellions touarègues, en 1963-1964, en 1990-1991 (la capitale Bamako avait été accusée notamment de détourner l’aide internationale reçue au moment des grandes sécheresses des années 1980), et ultérieurement en 2006.

L’IDH a tissé au fil des années, des liens avec des Touaregs défendeurs des Droits de l’Homme (Association malienne des Droits de l’Homme, AMDH). A l’origine de ce rapprochement, des rencontres. Le Malien Abdoul Karim Ag Taky participa aux 7es rencontres autour de la transhumance en juin 2001. En décembre de la même année, Me Lang-Cheymol alla à la rencontre des fondateurs de la section des Droits de l’Homme de Kidal avec des représentants de la Fondation Un Monde Par Tous, dans le cadre d’une mission de formation. Un partenariat fut dès lors envisagé avec la section régionale des Droits de l’Homme de Kidal, présidée par M. Gamni Ag Idjachtane. Les échanges se poursuivirent à travers plusieurs déplacements de Me Lang-Cheymol au Mali, et plusieurs visites de touaregs du Mali auprès de l’IDH. En juin 2002, Mohamed Ag Erless (Institut des sciences humaines de Bamako) et Alhamdou Ag Ilyene (section des Droits de l’Homme de Kidal) vinrent présenter leur vécu des Droits de l’Homme au Mali et participèrent aux Huitièmes Rencontres autour de la transhumance. Alhamdou Ag Ilyene devint président-fondateur de l’Association pour le développement de la région de Kidal (ADRK), avec pour vice-président Abdoul Karim Ag Tacky. Ce dernier revint en juin 2003 participer aux Neuvièmes Rencontres autour de la transhumance.

Les débats permirent de soulever les principales difficultés des habitants de cette région : absence de justice étatique (un seul juge pour la région, le juge à compétence élargie, et aucun avocat), règlement amiable des crimes, non scolarisation des enfants, mariages forcés, polygamie et infériorité des femmes sur le plan juridique… L’ADRK luttait pour faire émerger une justice moderne. Elle demanda en 2004 que l’IDH l’aide à préparer une formation destinée aux acteurs du développement de la région de Kidal, afin de leur permettre d’informer les populations sur leurs droits.

« La caravane des Droits de l’Homme »

Une mission de formation fut donc organisée par l’IDH en partenariat avec l’ADRK, l’AMDH et l’association Tirmit: « La caravane des droits de l’Homme ». Les membres de l’IDH animèrent les 26 et 27 janvier 2005 une session durant laquelle furent abordés notamment les droits de l’homme dans la constitution malienne du 25 février 1992 et le programme décennal de développement de la justice au Mali (Prodej), dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme, dans la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples, et la défense pénale (analyse du code pénal malien). Les cinq avocats montpelliérains (Me D’Hauteville, Me Gaillard, Me Lang Cheymol, Me Péridier et Me Janbon) étaient accompagnés de Christian Planque, co-fondateur d’ADRK, et d’Antoine Janbon, reporter. Ce dernier réalisa un documentaire de 18 minutes sur le séminaire.

Le film « Sur la piste des Droits de l’Homme » fut présenté le 2 juin 2005 à la bibliothèque du Palais de Justice, puis début 2006 à des professeurs et chefs d’établissements scolaires.

Les échanges avec le Mali furent perturbés par une nouvelle rébellion en 2006. Toutefois, l’IDH proposa en septembre 2006 un atelier de réflexion sur « Le Statut de la femme dans la société touarègue des Kel-Adagh (Région de Kidal-Mali)» animé par Mohamed Ag Erless, étudiant en socio anthropologie à l’École des Hautes Études en Sciences sociales (EHESS)